Hilflösigkeit
L’effroi du monde, la colère à l’aune du silence, la vérité noyée, niée, lavée dans l’oubli.
Sentir cette peur au ventre, l’impossibilité de dire les choses les plus simples (qu’il aime son parfum, qu’il la désire ardemment), cet air stupide que peut avoir un homme admiratif. Figé dans son désir (et pourtant quelles éruptions intérieures, quel flot de forces en tumulte !). Et s’il pouvait ne serait-ce qu’ouvrir la bouche, entrouvrir ses lèvres (interface dangereux où se confondent le moi et le monde) qu’en sortirait-il sinon cristallin, douloureux, sensuel et glacé, un pur choral de Bach, un chant de l’impossible ?
Qu’il chante donc, si tel est son désir, son aspiration profonde ! Mais l’homme reste muet, engoncé dans son habit de silence, silence pourri d’avenirs posthumes. La Règle – bénédictine – demeure à l’heure où le jeu n’est plus.
Je suis retourné à l’Eglise des Billettes, presque dix mois après le lendemain de ma première nuit avec Charlotte. Je nous ai vus, de haut, et mon père arrivé un peu après, dans cette atmosphère funéraire, dans cette lumière intransigeante, contenue, sévère. Il était temps de tirer le rideau sur ce protestantisme. On ne guérit pas le mal par le mal.
Maintenant, mais à tout instant, s’ouvrent des fenêtres dans le temps, l’impression qu’ on est le temps, que nos actions ponctuent la vérité des heures. Il faut s’y engouffrer de tout son être, car le regret plus tard indique toujours qu’il est trop tard, car le temps perdu s’expie dans la douleur. Combien de dissonances non résolues est-on prêt à laisser au moment où le dernier point d’orgue nous inscrit dans l’éternité ?